Lettre ouverte à Mme Morançais

Madame,

Je suis en train de lire un communiqué qui ne vous met guère en valeur. On y parle des nouvelles coupes qui touchent le secteur cinématographique régional, et qui tranchent sérieusement dans ce que vous croyez être du gras, quand la majeur partie du secteur est déjà à l’os.

Mais je ne m’étonne plus. Pas depuis l’année dernière et vos premières tranches. Et de la perception comme de la violence de vos décisions drastiquement singulières vous vous fichez d’ailleurs royalement. On aura beau vous démontrer comme cela est fait dans ce fameux communiqué, chiffres à l’appui – vous aimez pourtant bien cela les chiffres -, que le circuit est vertueux, avec un retour sur investissement outrageusement établi et prouvé sous vos yeux, ces derniers resteront peu ébahis, et certainement pas mouillés. On le sait, vous ne changerez jamais d’avis. Un bel avenir pour le cinéma ligérien se dessinait pourtant, mais vous souhaitez (con)sciemment tout détruire.

Alors la vraie question est pourquoi.

Des économies ? Oui, d’accord, tout le monde a compris, c’est le moment où on peut faire passer cela, « nan mais ça va bien tous ces gauchos qui crament l’argent public ». Je vous invite à passer en revue les commentaires récurrents du figaro.fr lorsque vous intervenez dans le débat, c’est criant de raccourcis aigris qui vulgarisent à peine votre pensée.

De plus, on arrête pas de vous dire que tout cela est plus que rentable (les chiffres bon dieu !…excusez le blasphème madame).

Il est vrai qu’il est de notoriété publique que vous ne portez pas dans votre cœur les supposés progressistes au sens large qui se dissimulent sournoisement dans le monde de l’art en général, et dans celui du cinéma (j’aimerais d’ailleurs bien connaître votre film préféré, je ne sais pas pourquoi). Une tribu d’illusionnés – alors qu’illusionnistes – qui font vivre des imaginaires qui ne représentent vraisemblablement pas assez les idées que vous portez.

Peut-être avez-vous peur alors, – « Non je n’ai jamais peur », vous entends-je m’interrompre, mais laissez-moi finir je vous prie Madame -, peur donc, que les œuvres qui en ressortent puissent vous être dommageables. À vous mais pas seulement. À une idéologie que vous souhaitez voir se répandre vous aussi dans la société, de Sternin à Bolloré, qui financent pour leurs parts des films que cette fois vous soutenez, en paroles et en fonds. Ce cinéma-là, il vous intéresse. Il mérite d’être financé. Il met en valeur les vôtres de valeurs, le Puy du Fou n’est pas bien loin, vous avez bien connu Retailleau autrefois, ce fut un joli marchepied, tout ça peut très bien se reficeler. Là vous vous tankez chez Horizons pour ne pas paraître trop radicale encore, mais un jour on verra bien avec vos petites phrases mises bout à bout, tous ces petits cailloux disséminés habilement – et vous semblez très habile – que vous en êtes depuis toujours de ce monde conservateur, néo-libéral, catholique de droite ancrée extrême.
Même si ça se voit beaucoup déjà.

Mais de cela aussi vous vous fichez complètement depuis bientôt deux ans.

Le sens du vent souffle dans la bonne direction pour vous en ce moment. Des fonds privés, c’est quand même plus sûr pour une collectivité et bien plus facile à défendre devant un Conseil régional transformé en conseil d’administration entrepreneuriale. C’est d’une logique implacable en ces temps de disette budgétaire où la culture ne pèse par lourd face à la sécurité, l’économie… Autant utiliser l’argent de ceux qui ne demandent que des retours tangibles et comptables.

Il est à présent clarifié par vos choix et vos déclarations que la galaxie réactionnaire – du moins nationale – vous influence, elle qui pousse et avance ses pions habilement, tranquillement. Elle en a le temps et l’argent. Rien n’est encore vraiment dit, mais plus rien ne traîne plus vraiment sous les tapis. Non, décidément, le puits du fou n’est pas bien loin.

Alors aux autres, à toutes celles et tous ceux qui ne sont pas d’accord avec vous, il reste les urnes, dites vous.
Oui. C’est sûr.
Mais c’est quand même un peu loin.

Je sais bien que cette lettre ouverte ne changera rien Madame, que vous ne changerez pas d’idéologie, encore moins maintenant que ça porte vraiment. Mais à moi elle me fait du bien cette lettre. Et c’est déjà ça parce que vous ne nous aidez vraiment pas, Madame, à aller bien.

Puisse-t-elle réconforter ne serait-ce qu’un tout petit peu toutes celles et ceux qui, par votre faute, en ont besoin.

Jean-Loïc Tournié, auteur ligérien

« De haine lasse » accompagné par La Plateforme

J’ai le plaisir d’avoir été sélectionné pour le « parcours d’auteur·rice » proposé par La Plateforme, Pôle cinéma audiovisuel des Pays de la Loire.

Déployé sur six mois, ce dispositif permet à 5 auteur·rices de documentaire et 5 auteur·rices de fiction de développer et d’approfondir leur travail d’écriture, de diversifier et renforcer leur réseau professionnel grâce à des rencontres avec des acteurs du secteur. Encadré par deux tuteur·rices, ce dispositif combine 2 semaines de formation et 1 semaine de résidence. Durant le parcours, chaque porteur·se de projet bénéficie de plusieurs rendez-vous individuels. Le dispositif se clôture par un exercice de pitch.

Des parcours de vies (ra)contés

J’ai travaillé courant novembre avec l’association Arts à Conter, sur la commande de Nantes Métropole, à un projet de conférence contée. Il s’agissait de restituer oralement, lors d’un événement ouvert au public le 11 décembre, des contes que j’avais écrits, accompagnés musicalement.

Ces contes étaient le fruit de rencontres avec diverses personnes, toutes liées par le thème de l’événement en question (à savoir les 30 ans du jumelage Nantes-Agadir et Nantes-Rufisque) et qui sont nés après le recueil à la fois pudique et plein d’envie de la parole de ces personnes.

Une façon de rendre visible ces parcours de vies, et pour les personnes interrogées de parler, de raconter leurs histoires, en un mot de se livrer, chaque vie étant fondamentalement unique (expression un peu clichée et pourtant si vraie).

Un projet qui est amené à être prolongé en 2023, et que j’espère pouvoir reproduire dans sa forme sur d’autres thématiques.

Voir la vidéo de la restitution :

Les textes sont consultables sur demande > me contacter

Festival Rêves de court – Scénario en compétition

Sélectionné par le festival « Rêves de court » de Benet, mon scenario « De haine lasse » est en lisse pour le Prix du public (vote jusqu’au 4 juin 2022) :

De Haine Lasse
écrit par Jean-Loïc Tournié

Gilberte a 78 ans, Jean en a 81. Jean ronfle. Il a toujours ronflé. Elle non. Jamais. Jean a dormi, paisiblement, à peu près toute sa vie. Elle non. Jamais. Une nuit, elle commet l’impensable : étouffer son mari d’un oreiller fermement tenu, coupant à jamais le souffle rutilant du bonhomme. Elle sera acquittée par un juge ému, lui-même souffrant des ronflements de son épouse. Une histoire drôle et touchante, tragique et mordante, sur les travers enfouis mais qui résonnent, et sur les non-dits qui désespèrent au point de pousser au pire.

Sortie de création de « The Seashell and the Clergyman » à Trempo

Carte Blanche Le Mouton à 5 Pattes
JEUDI 9 DÉCEMBRE 2021, à 19H00
à TREMPO, 6 bd Léon Bureau, Nantes

The Seashell and The Clergyman
Ciné-concert de Guillaume Goubier & Jean-Loïc Tournié
Film de Germaine Dulac (1928, 40 minutes)


Une colorisation inédite du chef d’œuvre de Germaine Dulac, considéré comme le premier film surréaliste au monde, ce ciné-concert aux sonorités post-rock et noise rend hommage à l’inventivité visuelle de cette pionnière oubliée de l’Histoire.

Sortie de résidences / Création 2021/2022
Avec le soutien de La Soufflerie et La Fabrique – Ville de Nantes

Lauréat du dispositif Trajet#1 (interview)

Proposé par les pôles régionaux des filières culturelles, Trajet #1 est un dispositif d’accompagnement à destination des porteur.euses de projets artistiques et culturels en Pays de la Loire. Chaque mois, La Plateforme met en lumière un·e lauréat·e de la filière cinéma audiovisuel sélectionné·e dans le cadre de ce nouveau dispositif interculturel.

Inspiré par des univers dystopiques, à la frontière de l’anticipation et de la science-fiction, il scrute attentivement l’actualité politique et sociale, s’inscrivant dans ce courant finalement très actuel qui interroge sans cesse nos modes de vie et par extension leurs dérives, parfois absurdes.